S’il est un endroit où le débarquement a failli échouer, c’est bien sur la plage d’Omaha beach.

L’endroit choisi, il est vrai, n’était pas idéal pour son assaut amphibie et présentait bien des risques. Mais il était le seul possible entre le secteur britannique Gold, à l’Est, et à utah beach, la seconde plage américaine, à l’ouest, sur le rivage du Cotentin.

De Grandcamp jusqu’à Arromanches, le littoral du Bessin est en effet bordé de falaises calcaires abruptes s’élevant de quelques dizaines de mètres au dessus de la mer. En revanche, devant les villages de Vierville, Saint-Laurent et Colleville se dessine une échancrure de 6 à 7 Kms où la côte s’affaisse pour former un talus descendant en pente raide vers la plage à laquelle on accède par de petites vallées encaissées.

Le site, en raison de sa topographie, est aisé à défendre. On y dénombre pas moins de quinze widerstandnester ( nids de résistance), implantés pour la plupart à l’entrée des petites vallées encaissées qui conduisent de la grève au plateau, de surcroît barrées par des murs antichars. Partout, les Allemands ont disposé canons, nids de mitrailleuses, mortiers, champs de mines et barbelés.

En mars 1944, la plage reçut le nom de code d’omaha (une ville de l’Etat du Nebraska).  Trois mois plus tard, elle entrait dans l’histoire sous le surnom de « bloody Omaha » (Omaha la sanglante), en raison des pertes effroyables qu’y subit le 5ème corps de l’armée américaine, composée de la 1ère division d’infanterie (« La Big Red One », commandée par le Général Huebner) et la 29ème division d’infanterie (« Let’sgo », commandée par le Général Gerhardt).

Débarquant à 6h30 le 6 juin 1944, les premières vagues, accueillies par un feu nourri, sont clouées sur la plage. Les bombardements aériens de la nuit, comme les tirs déclenchés par l’artillerie navale avant l’assaut, se sont révélés fort peu efficaces. Les défenses allemandes, pratiquement intactes, prennent la plage en enfilade et sèment la mort dans les rangs des assaillants.

Comble de malchance, les chars amphibies ont presque tous sombré avant d’atteindre la côte , privant ainsi les fantassins d’un indispensable appui d’artillerie. Au fil des heures, la situation ne cesse d’empirer.

La plage, de plus en plus réduite du fait de la marée montante, s’encombre de cadavres roulés par les flots, d’innombrables blessés et de carcasses fumantes d’engins détruits par les obus.

Les péniches apportant les renforts s’empalent ou sautent sur les obstacles que les hommes du génie, décimés par les pertes, n’ont pas réussi à dégager à temps.

Après un calvaire de plusieurs heures pour les soldats américains, la situation évolue enfin en leur faveur. Faute de pouvoir emprunter les vallées, trop solidement défendues, les GI’s, à force d’énergie et de courage, parviennent en fin de matinée à escalader l’escarpement et à s’infiltrer par petits groupes sur le plateau pour prendre à revers un ennemi dont la résistance commence d’ailleurs à faiblir.

Au soir du Jour J., la tête de pont d’Omaha n’a guère plus de deux kilomètres de profondeur. L’opération, très mal engagée, s’achève néanmoins par un succès, mais à quel prix !